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Même en 2025, encore trop de femmes, piégées dans une relation d’emprise, n’ont pas la liberté de s’habiller comme elles le souhaitent. Certaines doivent se conformer à des règles vestimentaires strictes imposées par leur conjoint : pas de jupe, pas de chemisier qui pourrait se déboutonner, pas de chaussures laissant entrevoir la cheville. Pire encore, certaines sont convoquées avant de sortir pour être « inspectées », afin de s’assurer que leur apparence correspond aux exigences du partenaire.

Mais ce contrôle ne s’arrête pas aux vêtements. Il s’étend à la coiffure, à la couleur des tenues, au maquillage, à la posture même. Ce que l’on pourrait prendre pour des détails isolés n’est en réalité qu’un ensemble de règles destinées à briser l’autonomie, à faire de la femme un objet sous contrôle.

Ce qui peut être troublant pour certains, c’est que ce phénomène touche toutes les sphères sociales, y compris des femmes qui semblent indépendantes financièrement et professionnellement. Pourtant, l’emprise psychologique ne connaît ni statut ni niveau d’éducation : elle s’installe insidieusement, par petites touches, jusqu’à faire douter la victime d’elle-même, au point qu’elle finit par se demander si elle n’exagère pas.

C’est pourquoi reconnaître ce phénomène et le nommer est essentiel. Le contrôle coercitif est une forme de violence conjugale, et le fait qu’une loi puisse enfin le reconnaître est une avancée majeure. Cette reconnaissance permet à celles qui en sont victimes de comprendre que ce qu’elles subissent n’est pas normal, que les interdictions et les humiliations ne sont pas des preuves d’amour, mais des outils de domination.

Il est essentiel aussi que notre société cesse de voir ces femmes comme « faibles ». L’emprise ne relève pas de la faiblesse, elle est un piège dans lequel on peut tomber progressivement, souvent sous l’effet d’un mécanisme psychologique qui enferme la victime. Ce n’est pas une question de caractère, mais bien une stratégie de contrôle qui enferme la personne dans un cycle de soumission et de culpabilité.

Cette loi, si elle est adoptée (elle l’a été en première lecture à l’Assemblée Nationale le 28 janvier dernier), enverra un message clair : les femmes qui subissent ces violences ne sont pas seules, elles ne sont pas folles, et surtout, elles ont le droit de reprendre leur liberté.